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Hervé
Schauer
Président
HSC |
Cet été l'actualité de la
sécurité informatique a été
particulièrement chargée, notamment
avec la découverte et l'exploitation rapide
de deux failles ayant un impact particulièrement
large. Plusieurs conférences de haut niveau
ont également eu lieu. Nous avons demandé
à Hervé
Schauer, expert reconnu dans le domaine depuis
plus de 15 ans ses commentaires sur l'été
de tous les dangers.
Propos recueillis par Ludovic
Blin le 22/08/2003
Quels
sont selon vous les évènements
marquants de l'été en terme de
sécurité informatique ?
Pour le grand public je pense que le mois d'août
est le mois des vers à répétition
avec la série des Lovsan/Blaster puis
l'anti Lovsan avec Nachi/Wechia, exploitant
les failles RPC DCOM et Webdav des logiciels
Microsoft. Maintenant l'envoi de messages en
masse par Sobig, pour beaucoup
d'utilisateurs, cela aura été
certainement le problème majeur. Pour
moi l'incident sur IOS en Juillet est beaucoup
plus marquant. Il nous démontre qu'un
déni de de service global sur les réseaux
est bel et bien possible. Un tel déni
de service aurait une ampleur sans comparaison
aux envois de messages en masse, virus ou vers
exploitant les erreurs de conception dans certains
systèmes d'exploitation ou logiciels
des PC. Ceux-ci reviennent régulièrement
et permettent aux éditeurs d'anti-virus
d'entretenir leurs affaires, mais ne me semble
pas avoir un impact aussi important qu'aurait
pu avoir un vers exploitant l'erreur de programmation
découverte dans IOS.
Quelle leçons pouvons nous tirer de la
faille Cisco révélée mi
juillet ? A t on évité une catastrophe
?
La leçon fondamentale est de rappeler
l'intérêt de la diversité
et les défauts de l'abus de la monoculture.
Si nous normalisons les protocoles, c'est pour
que des équipements et des logiciels
de fournisseurs différents interopèrent
entre eux. Pourtant, dans la majorité
des domaines, le marché donne la priorité
à un monopole, comme dans l'agriculture
à une seule variété de
pomme de terre ou de riz au lieu de plusieurs
centaines. La conséquence, c'est que
dès qu'un incident survient, au lieu
d'affecter qu'une partie de la ressource, il
affecte la totalité. L'erreur dans IOS
était universelle et permettait potentiellement
de faire un déni de service sur toutes
les interfaces de tous les routeurs et commutateurs
Cisco utilisant IOS, quel que soit leur modèle
du plus petit au plus haut de gamme. Les équipements
Cisco étant beaucoup plus nombreux que
toutes les autres marques réunies, nous
avons donc évité un évènement
majeur, où l'Internet aurait pu être
paralysé, ainsi que d'autres réseaux
indépendants de l'Internet.
En ce qui concerne la faille windows rpc/dcom,
le temps entre la découverte d'une vulnérabilité
et son exploitation par un code automatisé
n'a jamais été aussi court. Cette
tendance va t elle se poursuivre ? Quels sont
selon vous les éléments ayants
favorisés cela ?
Le mécanisme de découverte des
failles est trompeur. Le temps est parfois long
entre la découverte, ou la redécouverte
de la faille, et sa publication, mais celui
entre la preuve de faisabilité et son
exploitation est très court, et celui
entre son exploitation et son automatisation
est également souvent très court.
(voir
le schéma).
Entre les sociétés commerciales,
les agences gouvernementales, les chercheurs
et les groupes de personnes malveillantes, les
liens sont souvent ambigus, et un même
individu se retrouve dans deux ou trois groupes
à la fois.
Pensez vous que la menace posée par la
faille RPC sera toujours présente dans
les mois/années a venir ?
Le problème majeur dans la vie d'une
faille de sécurité, c'est qu'une
minorité d'administrateurs appliquent
les correctifs. En conséquence les possibilités
d'exploitation d'une faille ne disparaissent
totalement qu'avec la disparition naturelle
de la cible. A mon expérience ce sont
les mesures organisationnelles qui sont les
plus efficaces : il est vain de vouloir sécuriser
de manière absolue des systèmes
et des applicatifs qui évoluent régulièrement,
et dont la mise à jour est complexe.
Souvent, une bonne organisation abouti à
une sécurisation au niveau du réseau,
qui est plus facile, plus globale et plus efficace,
en segmentant et en introduisant du contrôle
d'accès dans le réseau avec du
filtrage. C'est agnostique aux systèmes
d'exploitation, c'est une manière différente
mais souvent plus performante de minimiser les
conséquences des vers.
Quels ont été les apports principaux
de la conférence usenix de cet été
a laquelle vous avez assisté ?
Cette année le sujet phare a été
la sécurité des machines à
voter. Ce sujet implique beaucoup les américains,
car l'absence de réel contrôle
et de certification de la sécurité
des machines à voter aurait permis de
nombreuses
fraudes lors de la dernière élection.
Le second sujet majeur a été le
système de contrôle d'accès
obligatoire de Microsoft, appelé Palladium
puis NGSCB. Celui-ci ne semble pas faire l'unanimité
dans la communauté des experts en sécurité,
et nous en avons eu plusieurs éclairages.
William A. Arbaugh de l'université du
Maryland, a expliqué qu'il s'agissait
d'un système de contrôle d'accès
obligatoire (Mandatory Access Control), dont
la gestion des droits numériques (Digital
Rights Managment) n'était qu'un sous
ensemble. D'après lui beaucoup de personnes
ne comprennent pas NGSCB car ce n'est pas présenté
pour ce que c'est, et cela entraîne la
confusion.
Il a rappelé qu'un tel système
applique une politique de sécurité,
et que c'était cette politique de sécurité
et qui en avait le contrôle de la définition
qui lui semblait être le point ambigu
et important. Sur le plan technique il a rappelé
que NGSCB ne répondait pas aux problèmes
de sécurité posés par les
virus et des codes malveillants. Douglas Barnes,
fondateur de C2Net, et redevenu étudiant
à l'université du Texas pour faire
des études de droit, a ajouté
que la face cachée de NGSCB était
l'amplification de la puissance déjà
acquise sur le marché, afin d'aboutir
à une quasi propriété absolue.
Il a rappelé entre autre que les choix
proposés étaient illusoires, que
la protection de la vie privée n'était
pas significative, et que malgré la licence
l'utilisateur n'avait que l'illusion de la propriété
de son système. En conclusion il pense
que les abus sont prévisibles et inévitables
et que seule la puissance publique peut rééquilibrer
par la régulation. Beaucoup d'autres
sujets ont été abordés,
parmi ceux-ci les systèmes sans-fil :
d'une part RFID qui permet un contrôle
de passage d'objets divers : ordinateurs portables,
vêtements, billets de banque, etc, et
d'autre part de nouveaux dénis de service
sur les réseaux WiFi, et la possibilité
de positionner dans l'espace l'emplacement d'un
équipement WiFi. Globalement c'était
un peu mois intéressant que l'an dernier
mais le symposium sécurité de
Usenix demeure depuis plus de 10 ans un rendez-vous
incontournable entre recherche appliquée
et industrie dans le domaine de la sécurité.
Des rumeurs ont couru disant que la panne d'électricité
géante aux USA serait due à une
variante du virus blaster. Qu'en
pensez-vous ? De telle installations sont elles
sensibles à une menace venue de l'internet
?
En tant que consultants en sécurité,
nous nous attachons aux faits et pas aux rumeurs.
Habituellement les réseaux informatique
des installations sensibles ne sont pas connectés
à l'Internet, mais avant-hier SecurityFocus
citait le cas
d'une centrale nuclaire américaine dont
le système de supervision aurait été
victime de Slammer. Celà devrait éveiller
les craintes.
Quels sont les
conseils à donner pour éviter
les problèmes de
sécurité posés par la découverte
de telles failles (cisco, dcom) ?
Il faut faire l'effort de se préparer,
de manière méthodique et pragmatique.
Ceux qui avaient les procédures pour
mettre à jour leurs routeurs et pour
appliquer globalement et facilement des filtres
IP sur leurs routeurs n'ont pas eu de difficultés
face à la faille Cisco. Ceux qui ont
une bonne sécurité sur leur périmètre
y comprit avec les postes nomades, et un bon
cloisonnement de leur réseaux privés,
n'ont pas senti les vers exploitant la faille
DCOM RPC. L'intégration des procédures
de sécurité dans l'exploitation
des réseaux, et le contrôle de
ces procédures par un tiers, me semble
les éléments important pour savoir
gérer de telles failles.
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