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Nicolas
Fischbach
Senior Manager, European IP Security
Colt Telecom / Securite.org |
Les attaques DDoS (distributed denial of service),
peuvent consommer plusieurs gigabits de bande
passante et mobiliser des centaines de machines
pour attaquer un serveur. Nicolas Fischbach nous
détaille les dernières tendances
et les mesures nécessaires pour se protéger
de se phénomène.
Propos recueillis par Ludovic
Blin le 15/05/2003
Pouvez
vous quantifier l’impact des attaques
de DDoS (Distributed Denial of Service) sur
l’infrastructure ?
Il
y a deux types d’attaques, tout d’abord
les attaques qui visent à utiliser toute
la bande passante, les attaques qui vont contraindre
l’utilisateur final à disparaître
d’internet. En effet, en général
les cœur de réseau sont fait pour
supporter ces attaques, y compris la perte d’un
lien. Par contre, le routeur d’accès
qui connecte un client, lui, ne va pas y survivre.
Maintenant, ce phénomène se déplace
du coté de l’infrastructure, c’est
une tendance de plus en forte, qui consiste,
lorsqu’une attaque vise un client en particulier,
à mettre hors service les routeurs qui
se situent en amont. Ce deuxième type
d’attaques à de plus un impact
plus large. En terme de bande passante, les
attaques DDoS peuvent mobiliser plusieurs centaines
d’ordinateurs et plusieurs gigabits de
bande passante.
Ces
attaques peuvent-ils contraindre un opérateur
de télécom à couper une
partie de ses liens ?
Non.
Mais cela dépend de la manière
dont on défini opérateur. Cela
peut être possible pour un petit ISP.
Mais pour un opérateur international
comme Colt Telecom, par exemple, cela n’est
pas envisageable, l’impact serait trop
conséquent. De plus, nous avons les outils
et surtout les procédures pour réagir
à ces menaces.
Existe-t-il
différents types d’attaques ?
Comme
nous l’avons vu, il y a les attaques dirigée
directement sur un client et celle qui touchent
l’infrastructure. Au niveau technique,
on constate de moins en moins d’attaques
par amplification, de type smurf. Par contre,
pour le protocole ICMP on voit encore des attaques
directe ou par reflexion. On peut avoir beaucoup
de gros paquets, ou beaucoup de petits paquets.
Les types d’attaques dépendent
aussi de la cible. Par exemple une attaque Syn
Flood aura peu d’effet sur un routeur,
mais sera plus efficace sur un système
final qui ne dispose pas des syncookies. De
nombreux problèmes ont été
corrigés au niveau des routeurs qui par
exemple ne répondent plus aux ping broadcast.
Certains
types de serveurs sont-ils plus ciblés
que d’autres ?
Nous
étudions depuis quelques années
quels sont les clients qui sont le plus susceptibles
d’être la cible d’attaque.
C’est en général les serveurs
IRC, les serveurs de jeux en ligne, ainsi que
les serveurs qui hébergent des contenus
illégaux. De nombreux clients ont des
adresses réservées pour ce type
de serveur et arrêtent d’annoncer
cette route quand il y a une attaque. Il s’agit
donc souvent de problèmes de rivalités
entre technophiles.
Quelle
est la provenance des ces attaques ?
Il
y une histoire qui circule, à la limite
de la légende urbaine, selon laquelle
certains ISP, dans la zone Asie-Pacifique, disposeraient
de leur propre réseau d’agents
DDoS et s’en serviraient contre leurs
concurrents. Il se servent des ces attaques
comme une arme de guerre.
En ce qui concerne les attaques qui viennent
des Etats-Unis, elle proviennent principalement
des réseaux cablés ou DSL, donc
des utilisateurs individuels compromis à
l’aide d’un openproxy ou de chevaux
de troie. Pour l’Asie, c’est surtout
des ISP ou encore des réseaux universitaires
qui sont compromis. Pour l’Europe, le
pays qui engendre le plus de problèmes
est la Roumanie. On peut donc constater qu’il
s’agit souvent d’un problème
de réglementation.
Quels
sont les moyens dont vous disposez pour lutter
contre ces attaques ?
En
général, lorsque nous constatons
une attaque, nous pouvons être conduits
à déconnecter le client, ou plutôt
rediriger son traffic vers un trou noir, pour
un court moment, de manière à
pouvoir mener à bien la phase de profiling
de l’attaque, visant à déterminer
ses caractéristiques. Cela donne aussi
le temps d’appeler ses fournisseurs de
transit pour pouvoir réagir. Cela exige
beaucoup de préparation car il faut avoir
les contacts sur place, connaître les
équipes sécurité. Nous
pouvons ainsi marquer les routes que nous annonçons
à nos fournisseurs de transit, ce qui
va leur permettre de les filtrer de leur coté.
La communication marche bien entre l’europe
et l’amérique du nord voire l’amérique
latine donc les réactions sont assez
rapides. Mais le problème principal est
la langue, surtout en Asie ou peu de gens parlent
anglais. Nous avons vu la manifestation de ces
problèmes de communication lors de l’épisode
SQL Slammer ou la zone Asie Pacifique a été
coupée pendant des heures.
Pour résumer, les moyens humains et les
contacts sont très importants car ils
permettent de réagir efficacement en
se coordonnant au niveau mondial. Au niveau
technique il existe quelques outils comme Arbor,
Riverhead ou Mazu par exemple qui sont assez
efficaces. Mais, même en utilisant ces
outils, une intervention humaine est nécessaire
pour valider la détection de l’attaque.
Les
client doivent-ils installer des dispositifs
anti-DDoS ?
Il
faut déjà distinguer les gros
sites comme Yahoo ou eBay qui sont complètement
autonomes et sont leur propre ISP. Mais pour
les sites normaux, l’approche qui consiste
à installer des outils de protection
chez eux est limitée car les attaques
peuvent viser directement l’infrastructure
sur laquelle ils n’ont aucun contrôle.
Cela dépend du type d’attaque,
mais de manière général,
plus on est loin de la source, plus il est difficile
de réagir efficacement.
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